L’homme au premier rang, Arthur de Valois, ne se contenta pas de se lever ; il sembla vaciller sous le poids d’un fantôme. Le silence dans l’auditorium était devenu si lourd qu’on aurait pu entendre battre le cœur terrifié de la petite fille.
Arthur s’approcha de la scène, ignorant les regards médusés de l’élite locale. Ses mains, d’ordinaire si fermes lorsqu’il signait des contrats de plusieurs millions, tremblaient désormais autant que celles de l’enfant.
« Cette mélodie… » murmura-t-il, la voix brisée. « Personne ne l’a jamais entendue. Je l’ai écrite pour une femme qui a disparu il y a sept ans. Une femme que le monde croyait morte dans l’incendie de la falaise. »
La petite fille, dont le nom restait un mystère, sortit de la poche de son pull élimé un vieux médaillon en argent, noirci par le temps. Elle ne dit rien, mais l’ouvrit d’un geste sec. À l’intérieur, une inscription gravée à la main : « À ma muse, pour l’éternité. »

Un revirement inattendu
La mère fortunée qui, quelques instants plus tôt, exigeait l’expulsion de l’enfant, devint soudain blême. Elle échangea un regard furtif et chargé de terreur avec le professeur de musique. Un secret sombre semblait lier ces deux personnes à l’apparition de cette fillette. Pourquoi le professeur avait-il tenté de l’empêcher de jouer alors qu’il savait, au fond de lui, que cette partition était unique ?
Arthur de Valois posa une main tremblante sur le piano, fixant les yeux de l’enfant. Ce n’était pas seulement la musique qu’il reconnaissait, c’était ce regard bleu glacier, identique au sien.
Les zones d’ombre qui s’épaississent
Alors que la sécurité s’approchait, Arthur rugit d’une voix qui fit trembler les murs : « Ne la touchez pas ! Elle ne repartira pas d’ici. »
Mais la petite fille se recula, la peur changeant soudainement de nature. Elle ne craignait plus d’être chassée, elle semblait craindre l’homme lui-même. Elle murmura des mots qui glacèrent le sang d’Arthur :

