L’homme ne se retourna pas. Le cri de la jeune femme semblait mourir contre les vitres blindées, incapable d’atteindre l’agitation de la ville en contrebas. Il tira une dernière bouffée de son cigare avant de l’écraser lentement dans un cendrier en cristal, un geste d’une précision chirurgicale.
— Un malentendu ? reprit-il d’une voix basse, presque mélancolique. C’est ce qu’ils disent tous avant que les preuves ne les achèvent.
Il marcha jusqu’à un coffre-fort dissimulé derrière un tableau de maître et en sortit une enveloppe de cuir noir. Sans un regard pour la jeune femme qui tremblait encore au sol, il jeta une série de clichés devant elle. Les photos s’éparpillèrent sur le tapis sombre.

Le souffle de la prisonnière se coupa. Ce n’étaient pas des preuves de vol ou de trahison banale. Les images montraient des documents confidentiels marqués du sceau d’une organisation que même lui n’était pas censé connaître. Plus troublant encore : sur l’une des photos, on voyait la jeune femme, non pas en victime, mais discutant calmement avec l’homme que son « maître » craignait le plus au monde.
— Pourquoi possèdes-tu le médaillon des Ombres de Styx ? demanda-t-il brusquement en se retournant, ses yeux brillant d’une lueur nouvelle, entre la rage et une fascination malsaine.
Elle releva la tête, ses larmes s’étant soudainement taries. Un étrange changement s’opéra sur son visage ; la peur laissa place à une froideur spectrale. Elle ne répondit pas tout de suite, mais ses mains ne tremblaient plus. Elle savait que le véritable jeu commençait maintenant. Ce qu’il ignorait, c’est que ce n’était pas lui qui l’avait capturée… c’était elle qui s’était laissée prendre.
L’homme s’approcha à nouveau, mais cette fois, il garda une distance de sécurité. Le silence de la pièce devint électrique, chargé de secrets capables de faire s’effondrer l’empire qu’il avait mis des décennies à bâtir.
— Qui es-tu vraiment ? rugit-il, perdant pour la première fois son calme légendaire.
Elle esquissa un sourire qui n’avait plus rien d’humain : — Tu as raison sur un point : tu m’as trop gâtée. Mais tu as tort sur tout le reste. Tu penses être le prédateur, mais tu viens de fermer la cage sur le loup.
Alors qu’il allait appeler ses gardes, une détonation sourde retentit au loin, suivie d’une coupure de courant totale. Dans l’obscurité soudaine du bureau, seule la braise mourante du cigare permettait de deviner que la silhouette au sol s’était déjà relevée.
À suivre… Les secrets du passé de l’homme et la véritable identité de la fugitive s’apprêtent à déclencher une tempête que personne ne pourra arrêter.

